Alan Techer (Targobank, CEV Moto2) : « La Mistral vaut la Kalex, mais elle a besoin de pilotes capables de se faire violence »

Rédigé par . Posté dans CEV.

Publié le 05/07/2014 avec Un commentaire

Parce qu’il s’agit pour lui d’une année charnière, OffBikes a choisi de suivre Alan Techer pour ses débuts en catégorie Moto2. Pour rappel, l’ancien pilote du CIP Moto3 en Championnat du Monde est aujourd’hui aux avants postes du second Championnat le plus relevé au Monde, le CEV, au guidon d’une Mistral très justement confiée par un certain Hervé Poncharal

Pour sa toute première course à Jerez au mois de Mars, Alan signait un premier podium sur ce qu’il qualifie lui même de « coup de chance » : 5ème, les deux pilotes qui le précèdent se percutent et lui offrent la 3ème place. Le jeune homme en retire tout de même un grande fierté, et surtout la certitude qu’il a sa place à haut niveau malgré les critiques. Mais la revanche ne fait que commencer.

En Aragon, Alan réitère l’exploit en finissant second, cette fois sans concours de circonstances comme il l’explique ci-dessous. À Barcelone, il termine 5ème et aujourd’hui, à la veille de la manche d’Albacete, il est non moins que 4ème au classement général.

Retour, donc, sur ces deux dernières courses aux côtés d’Alan Techer, dans une interview confession sans compromis, où il est question de fierté, de succès, de revanche, de frustration, mais aussi de Mistral, de Poncharal, et de Mondial.

Propos recueillis par : Line.

Alan Techer pour la seconde fois de la saison sur le podium lors de la première course Moto2 en Aragon. (Photo : ©CEV Repsol)

Alan Techer pour la seconde fois de la saison sur le podium lors de la première course Moto2 en Aragon. (Photo : ©CEV Repsol)

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« Pour la première course d’Aragon, je suis fier d’avoir su garder la tête froide et de m’être assuré un podium. » 

  • Comment s’est déroulé ton week-end en Aragon il y a un mois, lorsque nous t’avions laissé ?

Quatre jours avant la course, j’ai participé aux tests officiels CEV sur le circuit, et ça c’est bien passé car j’ai fait exactement le même chrono que d’autres pilotes du Mondial avec une moto équivalente, donc pour une deuxième course en Moto2, j’étais plutôt satisfait. Du coup pour le week-end de course, dès les essais libres du vendredi, j’ai fait des chronos constants même si légèrement en dessous de mon meilleur temps des tests, et avec des pneus usés. Pour les qualifications le samedi, je fais une bonne séance le matin où je signe le 3ème temps, mais en réalité je pense que je mets la barre vraiment haut à présent. Je me voyais faire la pôle, et du coup lors de la séance de l’après-midi, j’étais crispé, tendu, et j’ai fait beaucoup d’erreurs, plusieurs gouttes d’eau… Ma séance n’a pas du tout été constructive, car je pensais à « faire un chrono » plutôt qu’à « comment faire un chrono ». J’améliore de quelques centièmes dans mon dernier tour rapide, mais je n’obtiens que le 5ème temps au général. J’en suis ressorti frustré, parce qu’entre moi et le 2ème temps, il n’y avait que 4 dixièmes, donc j’aurais vraiment pu faire mieux.

  • Comment as-tu géré ta première course pour signer un podium ?

Le vendredi et le samedi, les séances étaient à 9H et à 12H, donc comme la première course était à 12H, je connaissais déjà les conditions météorologiques et la qualité de la piste. Il faisait plus frais que dans l’après-midi, la piste était moins chaude, donc c’était intéressant.
Dès le départ, je pensais faire un podium lors d’au moins une des deux courses, mais honnêtement je pensais plutôt en deuxième course car physiquement, j’ai une très bonne résistance à la chaleur, notamment grâce à l’expérience de la Malaisie, et je pensais que cela m’avantagerait.
Le matin, je fais un très bon warm-up, donc j’étais très content car je savais que j’étais dans un bon rythme. Mentalement, je pars très fort, je fais d’ailleurs un très bon départ puisque de 5ème sur la grille, je me retrouve 3ème au premier virage, puis 2ème à la fin du premier du tour. En plus de cela, je savais que j’étais un ton au dessus du 3ème, j’étais plus rapide et plus agressif. Je voulais absolument ce podium, et pourquoi pas la gagner, du coup j’ai essayé de suivre le premier au maximum. En course, je fais d’ailleurs un excellent chrono puisque j’améliore encore de 3 dixièmes mon meilleur temps absolu. Malgré ça, tour après tour, Raffin a creusé l’écart et je n’ai rien pu faire. À 6 tours de la fin, il avait 4 secondes d’avance, et moi-même j’avais 4 secondes d’avance sur mon groupe de poursuivants, j’ai donc décidé d’assurer ma deuxième place, d’autant que les pneus commençaient à s’user. Je termine second, mon meilleur résultat depuis le début de la saison, et content d’avoir fait une course intelligente et d’avoir réussi à garder la tête froide et à gérer mon écart.

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« J’ai voulu reproduire le schéma de la première course, mais en deuxième course, la chance n’est pas restée à mes côtés. »

  • Que s’est-il passé à la deuxième course, pourquoi cette chute ? 

Pour la deuxième course, je restais persuadé d’être capable de refaire un podium, d’autant que cela m’aurait permis de prendre la tête du championnat. J’ai fait un départ moyen mais je conserve ma 5ème place, et je vois le premier partir… Du coup j’ai voulu reproduire le schéma de la première course, et faire le travail tout de suite pour assurer dans les derniers tours plutôt que l’inverse. En voulant doubler Pons, j’ai eu un problème de boîte de vitesse : en voulant rétrograder de la 5ème à la seconde, j’ai eu un faux point mort et je suis passé en première, donc j’ai pris de la vitesse, l’arrière a glissé, la moto a raccroché, et j’ai eu beau essayer de freiner au maximum pour sauver les meubles, j’ai touché Pons et je l’ai entraîné dans ma chute. Malheureusement, il s’est cassé le bras… Je suis immédiatement allé m’excuser et après coup, je lui ai expliqué ce qui s’est passé, qu’il ne pense pas que je l’ai fait exprès. La course s’arrête au deuxième tour et j’en ressors avec énormément de frustration. Je n’en veux pas vraiment à mon équipe car il semblerait qu’ils aient mis un moteur neuf avant la course, mais je m’en veux à moi, et surtout je suis déçu que la chance ne soit pas restée à mes côtés.

  • Comment te projettes-tu pour la suite ?

Il reste plusieurs circuits que j’aime beaucoup, et aussi Portimao que je ne connais pas mais que personne ne connaît quasiment, donc je pense avoir d’autres cartes à jouer. Là, j’ai utilisé mon joker, donc si je veux atteindre mon but de terminer dans les 3 premiers au Championnat, je dois continuer à faire des courses intelligentes. Je pense pouvoir être vite dans les week-end à venir. Pour l’instant je suis 3ème ex-aequo avec Pons, qui malheureusement ne pourra pas participer à la prochaine manche.

  • Pour ta toute première saison en Moto2, t’attendais-tu à de tels résultats tout de suite ?

Honnêtement, non. Mon objectif était le Top5 dès les premières courses, et essayer de jouer un podium pour les dernières courses. À Jerez, j’ai eu une chance inouïe, et si le podium est là, je ne peux pas nier que c’était un véritable cadeau, un « bonus ». Mais il m’a donné le goût de continuer, et ce deuxième podium à Aragon est beaucoup plus légitime, il découle de mon travail et pas de la simple chance. Je ne me donne pas le droit à l’erreur pour la suite, mais évidemment je ne m’attendais pas à être aussi bien placé au Championnat dès ma deuxième course. Du coup, maintenant, je veux jouer la gagne et être minimum troisième partout. À présent, je sais que ma place est là, à moi de travailler pour car si je ne fais pas mieux, je devrai au moins faire aussi bien.

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« Je garde chacune des personnes qui m’ont descendu bien en tête, et si elles redeviennent élogieuses, je ne me priverai pas de leur rappeler leurs critiques du passé. »

  • Réussir si vite dans un Championnat aussi relevé que le CEV, est-ce une revanche supplémentaire sur l’image que tu avais laissé en quittant le Championnat du Monde ?

On néglige beaucoup trop le CEV qui, comme tout le monde se l’accorde à dire, est le Championnat le plus relevé après le Mondial. Donc oui, forcément, quand je fais de bons résultats si vite, je repense à tous les gens que j’ai appelé, comme d’anciens sponsors, et qui m’ont rejetés parce que je quittais le Championnat du Monde, j’ai le sourire. Je pense à ceux qui, sur les réseaux sociaux, félicitaient les autres Français, Masbou, Zarco et autres, mais jamais moi parce que d’après eux je n’avais pas ma place. Mon père n’est pas un homme fortuné, et je me suis battu pour être là où j’étais, tout le monde ne sait pas ce qui a pu se passer dans l’équipe ou ce que j’ai vécu, donc j’ai été très déçu par les gens qui jugeaient rapidement et sans savoir. Je suis tombé aux oubliettes, et même bien plus bas, en très peu de temps, du coup quand Hervé Poncharal m’a proposé cette moto et m’a fait confiance, ça m’a redonné un coup de fouet et je suis fier de ce que je fais aujourd’hui. Ma plus grande motivation et de retrouver une place en Mondial pour claquer le bec de tous ceux qui m’ont descendu. Hier, par leur faute, je ne croyais plus en moi, aujourd’hui mes résultats me prouvent et leur prouvent le contraire. J’ai chacune de ces personnes bien en tête, et si je remonte en Championnat du Monde un jour, et qu’elles redeviennent élogieuses, je ne me priverai pas de leur rappeler leurs critiques du passé.

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« La Mistral vaut techniquement la Kalex, mais elle a besoin de pilotes expérimentés et capables de se faire violence. »

  • Lorsqu’on t’a donné l’opportunité de rouler sur la Mistral, qui est une moto très décriée, est-ce que tu n’as pas eu peur ?

Je pense très sincèrement que c’est un châssis qui a beaucoup de potentiel si on le met entre de bonnes mains, car techniquement, il vaut la Kalex. Il lui faut simplement des pilotes expérimentés, qui en veulent, qui ont faim de victoire et qui ne s’arrêtent pas aux premières difficultés. Bien sûr, la Mistral sera moins performante sur certains circuits, mais il faudra l’accepter. C’est une moto qui a besoin de pilotes capables de se faire violence, mais c’est une bonne moto.

  • Quelle-est ta relation avec Hervé Poncharal ?

Il me suit depuis mes débuts en RedBull Rookies Cup. Comme j’étais Français, il a toujours gardé un œil sur moi. Après mes courses, il venait me voir, quand je faisais un bon résultat, il m’appelait. Je pense qu’il a été lucide sur mes performances de la saison passé, et qu’il savait que ça ne dépendait pas que de moi. En fin de saison, lorsqu’Alain Bronec s’est excusé en disant qu’Honda n’avait pas fait le travail, ça m’a rassuré parce que je n’en pouvais plus de supporter toute la responsabilité. Hervé avait compris ça dès le départ, et c’est pour ça qu’il m’a donné une chance cette année.

  • As-tu accès aux données de la Mistral en Championnat du Monde ?

Moi, directement, non. Mais je sais qu’entre le chef technicien de chez Tech3 et le mien, il y a communication. Je sais que mes données leurs sont envoyées, mais je ne sais pas si ça va dans l’autre sens. Je pense que oui, ou alors qu’au moins ils en parlent, car mon chef technicien me donnent beaucoup de repères. Quoiqu’il en soit, ce que je fais participe d’une façon ou d’une autre au développement de la Mistral, et c’est une bonne chose pour moi. Mes performances sont intéressantes pour Hervé et Tech3, d’autant qu’ici en termes de règlement, le développement est plus libre.

Grâce à ses bons résultats, Alan Techer participe activement au développement de la Mistral. (Photo : ©CEV Repsol)

Grâce à ses bons résultats, Alan Techer participe activement au développement de la Mistral. (Photo : ©CEV Repsol)

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« À Barcelone, l’erreur ne vient pas d’une quelconque pression mais de mon énervement au second départ. »

  • Comment envisageais-tu ce week-end à Barcelone ?

C’est un circuit que je connais bien, et je pense partir des mêmes bas que les autres de ma catégorie. J’ai prouvé que j’étais vite là-bas en Moto3, donc je partais dans l’idée de faire pareil en Moto2, d’autant que plusieurs sponsors mais aussi ma famille se déplaçait. J’étais très motivé en arrivant, et mon objectif était, au minimum, le podium. J’ai faim de victoire et j’aurais beaucoup aimé gagner, mais je voulais rouler à 100%, pas à 110%, car je ne voulais pas chuter ou compromettre mon week-end.

  • En arrivant, est-ce que tu avais la pression ?

Avec ma famille et mes sponsors présents, bien sûr, j’avais envie de bien faire devant eux, mais l’erreur de ma course ne vient pas de là. On a fait un premier départ, que j’ai vraiment bien réussi puisque j’étais second à la fin du premier tour avec déjà un petite avance sur les autres, et très proche du leader Raffin. Puis il y a eu drapeau rouge, et je me suis un peu énervé… Du coup, au deuxième départ, j’ai été moins bon, et comme j’étais énervé, je n’étais plus dans ma course et je n’ai pas roulé à mon niveau.

  • Qu’est ce qui t’a mis dans cet état d’énervement ?

Je ne sais pas trop… Je pense le fait de devoir tout recommencer, alors que j’avais pris un si bon départ, j’avais déjà accroché Raffin et je ne le laissais pas partir, j’avais creusé l’écart… J’étais déçu et frustré. J’ai essayé de me reconcentrer, mais au fur et à mesure j’ai perdu le fil.

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« Hors Championnat de France, ma dernière Marseillaise date de la RedBull Rookies Cup, et ça commence à faire trop loin. »

  • Tu fais tout de même un résultat correct et tu marques de gros points…

Oui, je termine 5ème. J’aurais préféré le podium, mais mon objectif de cet hiver était de faire des Top5 réguliers donc ce n’est pas si mal… au Championnat je suis 4ème, je ne suis plus ex-aequo avec Pons et je n’ai que 3 points de retard sur le 3ème. Il reste quand même 6 courses donc j’ai encore mes chances, je vais prendre les courses une par une. Il se dit que sur les circuits qui restent, Raffin est moins à l’aise… Donc je dois garder ma motivation. Je suis capable de gagner. Hors Championnat de France, ma dernière Marseillaise remonte à l’époque de la RedBull Rookies Cup, et ça commence à faire trop loin.

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« Pour Albacete comme pour toute la fin de la saison, mon objectif minimum est le podium. »

  • Tu as effectué des tests à Alabacete en prévision de la prochaine course, qu’est-ce que ça a donné ?

Au niveau des chronos, c’était très intéressant. Le seul pilote plus rapide que moi était Porto, deux dixièmes plus vite, et tous les autres sont au moins 8 dixièmes plus loin.

  • Comment te sens-tu pour la course ?

Nous avons trouvé de bonnes bases de réglages, mais ils restent quelques dixièmes à aller chercher. La moto est rentrée à Barcelone et les mécaniciens vont beaucoup travailler dessus, car Albacete est un circuit ou l’asphalte a énormément de défauts, et il faut trouver des réglages parfaits pour les gommer au maximum. C’est un circuit difficile, avant je ne l’aimais pas du tout car en 125, j’y suis tombé plusieurs fois sans comprendre pourquoi, mais maintenant les choses sont différentes et même si ça ne fait pas partie des tracés que j’apprécie le plus, je sais que je peux y être rapide. Evidemment, mon objectif minimum est le podium !

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Demain à Albacete, Alan Techer s’élancera de la 5ème position sur la grille de départ. Plus que capable de remonter sur le podium sous le soleil Espagnol, il pourrait même signer sa première victoire s’il parvient à devancer le terrible et dominateur Jesko Raffin.

Merci à Alan pour sa gentillesse, sa confiance et sa disponibilité.

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